J’ai rédigé cet article dans son intégralité alors que j’étais assis dans un avion soumis à des turbulences inhabituellement fortes. Le logiciel que j’ai utilisé pour vérifier l’orthographe et corriger la grammaire de ce brouillon a été développé dans un aéroport. Le moteur linguistique fonctionne entièrement sur mon Mac, en mode entièrement hors ligne, corrigeant toutes mes fautes de frappe et supprimant les doubles espaces pendant que je tape frénétiquement sur le clavier et que je sirote un café ultra-sucré.
De plus, je ne sais pas coder. Je n’ai pas écrit une seule ligne de code, et pourtant, le logiciel Mac que j’utilise en ce moment a l’air plus élégant et semble plus réactif que Grammarly ne l’a jamais été. Grammarly, si vous ne le savez pas, est l’une des applications de vérification orthographique et grammaticale les plus populaires au monde. Alors, comment ai-je fait ? J’ai demandé à Claude. Je lui ai fait part de mon souhait, il m’a demandé mes préférences, et en moins de 30 minutes, je me suis construit un substitut à Grammarly sans Internet, tout en évitant le fléau des « énièmes abonnements ».

La première version fonctionne comme un site web autonome dans un onglet de navigateur, sans aucune connexion Internet. La deuxième version est une extension Chrome qui fonctionne parfaitement lorsque l'appareil est hors ligne. Et enfin, je me suis lancé et j'ai créé une application Mac à part entière qui s'installe dans la barre de menus. J'ai demandé à une demi-douzaine de personnes de les tester sur des machines Mac et Windows. Elles ont été très impressionnées par la rapidité et la précision de l'outil.
Résoudre mes problèmes, ou dompter mes vices
Au cours des deux dernières semaines, je me suis lancé (à fond) dans le monde du développement d’applications et de logiciels. Ma première expérience a été une application Mac qui utilisait les capteurs de mouvement intégrés aux AirPods Pro pour suivre ma posture. En gros, l’application identifie une posture saine, et chaque fois que je me tords ou que je me penche en avant, elle envoie un avertissement. L’application fonctionnait entièrement hors ligne, et tout le traitement se faisait entièrement sur mon Mac.

J'ai tout fait sans même voir le code sous-jacent.
Pour ma prochaine aventure, j’ai pensé à créer quelque chose qui pourrait me libérer de la contrainte d’être constamment en ligne. Comme mon travail de rédacteur consiste à écrire toute la journée, Grammarly est une véritable bouée de sauvetage, malgré certaines de ses manigances douteuses récentes. J’ai souvent perdu des pans entiers de texte dans l’application Grammarly pour iPad parce que la synchronisation dans le cloud ne fonctionnait pas. Les jours où j’emporte mon fidèle Mac, trouver une connexion Internet stable devient un casse-tête permanent.
Tout ce que je veux, c’est m’asseoir tranquillement, rédiger quelques articles et laisser un outil de vérification grammaticale fiable faire son travail pendant que je tape frénétiquement sur le clavier spongieux de mon ordinateur portable. Mais ce n’est pas le seul problème. Rester connecté à Internet (alors que l’extension Chrome fonctionne dans Google Docs) signifie aussi un flot incessant d’applications distrayantes. Et oui, il suffit d’un simple onglet de navigateur pour passer d’une recherche Google strictement professionnelle à une session de doomscrolling effrénée sur X, YouTube ou tout autre vice numérique.
Je n'en reviens toujours pas.

Mais pourquoi, me direz-vous ? Tout d’abord, parce que je peux enfin créer mon propre logiciel, adapté à mes besoins spécifiques. Ensuite, j’en ai assez des atteintes à la vie privée. Bien sûr, ne pas avoir à payer pour une énième application est un argument de poids. Mais surtout, c’est la prise de conscience de pouvoir contrôler mon flux de travail quotidien (ou du moins une partie de celui-ci) qui m’inspire vraiment, et je ne compte pas m’arrêter de sitôt.
Comment s’est déroulé le processus ?
Je vais laisser l’image ci-dessous parler d’elle-même. J’ai lancé l’application mobile Claude sur une tablette Android pour créer un logiciel pour Mac. Et dès la toute première tentative, mon alternative à Grammarly créée par Claude a parfaitement fonctionné. En fait, j’en ai créé trois. L’une d’entre elles fonctionne entièrement hors ligne, une autre nécessite une connexion Internet, tandis que la troisième est une véritable application macOS qui s’installe dans la barre de menus.
Cette dernière combine le concept de prise de notes et de correction grammaticale en un seul outil, avec une fonctionnalité d’exportation vers Apple Notes en un clic. Pour celle-ci, j’ai dû lancer Xcode et créer une icône d’application dédiée, ce que Claude s’est fait un plaisir de faire. Mais voici la réalité dans son ensemble. Il n’a jamais été aussi facile de « créer » des produits, et cela n’a jamais été aussi polyvalent. Il y a un an, si vous m’aviez dit que je créerais un outil macOS aussi puissant sur une tablette Android, sans écrire une seule ligne de code, je vous aurais ri au nez.

Lorsque j’ai lancé Claude, je lui ai simplement exposé mes besoins. Claude m’a proposé trois approches pour créer mon propre correcteur grammatical hors ligne, et j’ai choisi celle qui fonctionnait sans connexion Internet, qui posait un minimum de problèmes et qui, surtout, devait être rapide. Au départ, je voulais utiliser les modèles de base intégrés d’Apple (fournis avec Apple Intelligence). Ça marchait, mais c’était assez lent. Claude m’a recommandé d’opter pour le moteur Harper d’Automattic. Au départ, l’outil, que j’ai baptisé InkWell, nécessitait une connexion Internet.
L'ensemble du package pesait moins de 10 mégaoctets. Mais je voulais quelque chose qui puisse fonctionner sans connexion Internet. Claude m'a suggéré d'intégrer le moteur Harper directement dans le package de fichiers afin que l'outil (désormais appelé Quill) ne nécessite plus aucune connexion Internet. Le seul inconvénient ? La taille du fichier grimpe à 25 mégaoctets. Les préoccupations de l'IA concernant l'espace de stockage étaient presque risibles. Nous vivons à une époque où même les applications de calculatrice basiques accaparent des centaines de mégaoctets d’espace de stockage local, donc 25 Mo, c’était presque rien.
Le dilemme plus important de l'IA

J'utilise donc Grammarly depuis des années, mais ces deux dernières années, alors que l'entreprise s'est de plus en plus tournée vers l'IA, certaines suggestions et recommandations grammaticales se sont avérées tout à fait exaspérantes. Et dans bon nombre de cas, j'ai également remarqué que Grammarly fait un travail carrément bâclé, même pour les vérifications orthographiques les plus basiques.
Harper évite les recommandations verbeuses et les suggestions linguistiques de plus en plus « IA-isées » que l’on trouve chez des outils comme ChatGPT et Gemini. C’est un outil qui ne repose pas sur des prédictions linguistiques basées sur des tokens, mais plutôt sur des règles linguistiques et grammaticales codées en dur. C’est exactement ce que je recherche.
Je veux qu'une IA repère une faute d'orthographe ou un temps verbal incohérent ici et là. C'est tout. Je ne veux pas (et n'accepterais jamais) qu'une IA me recommande de changer ma façon de m'exprimer. Harper n'est toutefois pas parfait, tout comme les outils que j'ai créés à l'aide du moteur du même nom. Par exemple, lorsque je vérifie cette phrase : « Je m'appelle John. Comment tu t'appelles ? Quel jour on est aujourd'hui ? », le moteur Harper la signale comme parfaitement correcte. Mais ces erreurs sont sporadiques.

Du côté positif, le moteur Harper ne met que 20 millisecondes pour identifier les erreurs et proposer des suggestions linguistiques. « Harper combine des performances ultra-rapides avec une conception axée sur la confidentialité, garantissant que tout le traitement s’effectue localement sur votre appareil afin de préserver totalement la confidentialité des données de l’utilisateur. Il est également entièrement open source », explique Automattic, la société qui a racheté Harper en 2024.
Ce sont là des avantages significatifs, et le fait qu’il puisse fonctionner dans un format aussi compact et sans aucune connexion Internet est un immense soulagement. Bien sûr, la possibilité de créer un outil avec trois fonctionnalités différentes, sans écrire une seule ligne de code, est le principal atout ici. Claude met le pouvoir entre les mains d’un utilisateur lambda comme moi, et comme vous. Naturellement, j’ai hâte de me lancer dans mon prochain projet d’application personnelle avec cet outil.